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IA à l’école romande : ce que Vaud, Fribourg et Genève ont décidé

À la rentrée d’août, trois cantons romands ont chacun pris une décision différente sur l’intelligence artificielle en classe, et aucune ne ressemble à celle du voisin. Vaud a ouvert un outil aux élèves de l’obligatoire, Fribourg a branché Copilot dans ses cycles d’orientation, Genève a fait de l’IA le fil rouge de son année. Voici ce que ça change, canton par canton, et ce que ça ne change pas du tout le soir, à la table de la cuisine.

Ce que chaque canton a mis entre les mains des élèves cette année

Vaud. Le communiqué du Conseil d’État du 12 août 2026 est bref sur ce point, et précis : « Un outil sécurisé permet d’expérimenter les possibilités offertes par l’intelligence artificielle avec les élèves de l’obligatoire ». Le canton ne nomme pas l’outil. La RTS précise qu’il fonctionne hors ligne, ce qui « garantit que les recherches menées à l’école n’alimentent pas les bases de données des IA génératives ». Au postobligatoire, les élèves « se confrontent à son fonctionnement dans le cadre de la discipline Informatique ». Le canton compte 99’295 élèves en scolarité obligatoire et pédagogie spécialisée.

Fribourg. La DFAC a été plus directe le 21 août : « L’outil Copilot sera mis à disposition des élèves des CO dès la rentrée ». Les CO, ce sont les cycles d’orientation, le secondaire I. L’objectif annoncé n’est pas le rendement : « apprendre aux élèves à utiliser l’intelligence artificielle (IA) de manière pertinente dans le cadre scolaire ». Au secondaire 2, les équipes définissent encore les bons usages.

Genève. Aucun outil ouvert aux élèves dans le communiqué de rentrée du 20 août, mais un projet qui tient l’année entière : le DIP fait du projet IA et éducation « le fil rouge de l’année présidentielle 2026-2027 », avec une formation obligatoire pour les enseignants du primaire et des formations continues au cycle d’orientation et au secondaire II.

Le cadre romand de la CIIP, et ce qu’il autorise vraiment

La CIIP ne décide pas à la place d’un canton, et c’est pour ça que les trois réponses ci-dessus peuvent coexister. Elle a adopté en assemblée plénière des recommandations générales pour un usage responsable de l’IA à l’école, dans un document daté du 19 mars 2025.

Trois priorités structurent l’approche romande, telles que la CIIP les a présentées le 3 décembre 2025 : former le corps enseignant, encadrer les usages, développer l’esprit critique. Les premières mesures intercantonales s’appliquent depuis la rentrée 2025-2026.

Sur l’usage par les élèves, la formule est nette : « son usage doit rester proportionnel et modéré ». Les élèves doivent pouvoir vérifier les informations générées, repérer les biais, respecter le droit d’auteur et déclarer les outils utilisés dans leurs travaux.

Ce dernier point est celui que je verrais bien affiché au-dessus du bureau, dans les onze cantons. Déclarer l’outil n’est pas un aveu, c’est la règle. Un élève qui note en bas de page qu’il a fait reformuler son introduction reste dans le cadre ; celui qui se tait en sort, même quand le texte est bon.

Ce que ça change pour les devoirs, à la maison, le soir

Le Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation a publié le 25 août 2026 la cinquième vague de son monitorage de la numérisation vue par les élèves. Le constat tient en une phrase : « L’utilisation de l’IA à l’école et à la maison à des fins scolaires a fortement augmenté ; en classe, elle a aussi fréquemment lieu sans accompagnement des enseignantes et enseignants ».

Autrement dit, l’outil du canton n’a pas remplacé celui que votre enfant ouvre déjà dans sa chambre. Il s’y ajoute. Et les deux n’ont pas les mêmes règles.

Il y a donc une question à poser, une seule, et elle prend trente secondes : quel outil as-tu le droit d’utiliser à l’école, et pour quoi faire ? S’il ne sait pas répondre, ce n’est pas grave, mais c’est le signe qu’il faut demander la consigne à l’enseignant au lieu de la deviner.

Ensuite, une règle de maison qui vaut dans n’importe quel canton : le brouillon lui appartient. La reformulation, la vérification, la mise en forme peuvent passer par un outil, à condition qu’il le dise. C’est aussi la logique de ma routine du week-end pour vérifier ce qui a vraiment été retenu.

Genève a demandé l’avis de ses élèves : ce qui se discute le 27 octobre

Du 14 au 25 septembre 2026, le DIP genevois a interrogé ses élèves par questionnaire, « de la 7e primaire à la fin du secondaire II, y compris dans l’enseignement spécialisé », afin de « mieux connaître leurs usages, leurs questionnements et leurs attentes face à l’intelligence artificielle à l’école ».

C’est assez rare pour être relevé : on a demandé aux premiers concernés ce qu’ils en faisaient déjà, avant de leur expliquer ce qu’ils ont le droit d’en faire.

La suite est publique. Une table ronde consacrée aux enjeux de l’IA à l’école se tient le mardi 27 octobre 2026 à 18h30 à Uni Dufour. Si vous êtes parent à Genève et que la question vous travaille, c’est le rendez-vous à noter.

Le reste du programme court de l’automne 2026 à juin 2027 : ateliers dans les écoles, débats avec des scientifiques, appels à projets extrascolaires, rencontres avec des spécialistes, et une exposition itinérante et interactive, « L’IA et nous », destinée aux établissements du cycle d’orientation et du secondaire II. Le projet se conclura par une restitution publique des productions réalisées par les élèves.

Ce que l’IA ne fait pas à la place de l’élève

Un devoir rendu propre ne prouve rien. Un devoir expliqué à voix haute, si.

C’est la seule vérification qui résiste, et elle ne demande aucun abonnement : demandez à votre enfant de vous raconter son travail, écran fermé. Trois minutes suffisent. S’il bute sur sa propre deuxième phrase, il le sait avant vous.

Vaud ne forme d’ailleurs pas seulement à l’usage. Son département dit accompagner cette technologie « mais aussi aux enjeux et aux impacts notamment environnementaux de cette technologie ». Un outil dont on ne connaît ni le coût ni les limites n’est plus un outil, c’est une habitude.

Ma position n’a pas changé depuis que j’écris sur le sujet : une production générée vaut ce que vaut la personne qui la relit. C’est tout le débat entre assistant pédagogique et invitation à la paresse, et il se tranche dans la salle de classe, pas dans le choix du fournisseur.

Pour les plus jeunes, ceux qui n’ont encore aucun outil ouvert à l’école, la préparation utile n’est pas technique : elle consiste à savoir reconnaître qu’une réponse est fausse, ce qui se travaille très bien sans machine, dès le primaire.

Questions fréquentes

Mon enfant peut-il utiliser ChatGPT pour ses devoirs en Suisse romande ?

À la maison, aucun canton ne l’interdit, mais les recommandations de la CIIP demandent un usage « proportionnel et modéré » et, surtout, que l’élève déclare les outils utilisés dans ses travaux. En classe, ce sont l’outil retenu par le canton et la consigne de l’enseignant qui font foi.

Quel outil d’IA les élèves vaudois utilisent-ils en classe ?

Le communiqué du Conseil d’État du 12 août 2026 parle d’« un outil sécurisé » mis à disposition des élèves de l’obligatoire, sans le nommer. La RTS indique qu’il fonctionne hors ligne, de sorte que les recherches faites à l’école n’alimentent pas les bases de données des IA génératives.

Copilot est-il obligatoire au cycle d’orientation fribourgeois ?

La DFAC écrit que l’outil « sera mis à disposition des élèves des CO dès la rentrée » et ne parle pas d’obligation. L’usage réel dépend de la discipline et de l’enseignant ; au secondaire 2, les bons usages sont encore en cours de définition.

Quand a lieu la table ronde sur l’IA à l’école à Genève ?

Le mardi 27 octobre 2026 à 18h30 à Uni Dufour. Elle est publique et fait suite à la consultation menée par le DIP auprès des élèves du 14 au 25 septembre 2026.

Sources

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