Rentrée 2026 : l’été où j’ai failli arrêter Mon Prof Augmenté
Entre début juin et la fin août, je n’ai presque rien touché au code. Pas par choix : parce que je ne savais plus très bien pourquoi je continuais.
Fin janvier, j’écrivais ici même le détail des comptes de Mon Prof Augmenté : environ 77 600 € investis depuis août 2025, 0,15 € de coût réel par image générée, et 95 % des semaines d’usage consommées gratuitement, pendant l’unique semaine d’essai. J’avais présenté ça comme un chemin long mais tenable. Ce printemps, il a cessé de l’être.
Le modèle qui ne pouvait pas tenir
Le problème n’était pas la générosité de l’essai gratuit en tant que telle. C’était sa mécanique. Chaque image générée coûtait de l’argent réel, tout de suite, que la personne derrière l’écran ait la moindre intention de s’abonner un jour ou non.
Un cas résume tout, à lui seul. Un enseignant français a généré des images très régulièrement, semaine après semaine, chaque génération me coûtant de l’argent au moment même où il l’obtenait. Puis il a demandé un remboursement à Apple. Trois fois. Rien d’illégal dans sa démarche : la politique de remboursement d’Apple le permet, et je n’ai aucun moyen de m’y opposer, seulement de raconter à Apple ce que je sais de l’usage réel du compte avant qu’elle ne tranche. Le résultat, pour moi, reste le même à chaque fois. Les images sont générées, le coût est réel, et l’argent repart.
Multiplié par quelques comptes aussi déterminés, un mécanisme pensé pour convaincre devenait un robinet ouvert sur mon compte OpenRouter.
Je pouvais corriger au cas par cas. Ce que je ne pouvais pas faire, c’était corriger le modèle lui-même sans le repenser entièrement : tant que générer une image à la demande coûtait de l’argent à chaque appel, il suffirait toujours d’assez d’acharnement pour que quelques personnes fassent perdre plus qu’elles ne rapporteraient jamais. Et l’été, seul face à ce calcul, sans l’élan du lancement pour compenser, j’ai sérieusement envisagé d’arrêter là.
Ce que j’ai décidé de viser à la place
Je ne suis pas revenu dessus en me fixant un nouvel objectif de croissance. J’ai fait plus modeste, et plus honnête : ne pas perdre trop d’argent avec cette application, et qu’elle serve d’abord mon fils, ainsi que les enfants de mes proches. C’est tout. Si en plus des parents, des enseignants ou des établissements scolaires y trouvent leur compte, tant mieux, mais ce n’est plus la condition de survie du projet, et ça change tout dans la façon d’en parler.
Ce qui change pour la rentrée
La correction n’est pas cosmétique, elle est structurelle. L’application ne génère plus une image parce que quelqu’un vient de la demander ; elle sert une bibliothèque construite à l’avance, par lots, hors ligne, à un coût qui ne dépend plus du nombre de personnes qui la consultent. Concrètement :
- Plus d’images, et mieux contrôlées. Chaque leçon part d’un sujet de programme, plusieurs variantes d’image sont générées puis relues automatiquement avant publication. Celles qui ratent le texte, le schéma ou simplement la qualité ne sortent jamais. Ça coûte moins cher, et je choisis les prompts moi-même, plutôt que de laisser un enfant ou un parent taper une phrase au hasard et tomber sur une image ratée, avec cette fois une vraie raison de demander un remboursement.
- Un quiz pour chaque leçon. Trois questions écrites et validées pour chaque visuel publié, pour vérifier ce qui a été retenu plutôt que de se contenter d’avoir regardé une image. Je m’en sers moi-même ce mois-ci, le week-end, pour faire réviser à mon fils ce qu’il a vu en classe dans la semaine. C’est devenu un vrai rituel du dimanche à la maison.
- Des leçons qui respectent les frontières. L’histoire, l’instruction civique ou la géographie d’un pays n’ont rien à faire sur l’écran d’une famille d’un autre pays. C’est un chantier tout juste terminé, qui date de cette semaine.
- Plus d’essai gratuit. Il a disparu avec la version 1.3. Ce n’était pas un cadeau qu’on retire. C’était la pièce qui rendait tout le reste fragile.
Rien de tout ça ne coûte plus cher à mesure que l’usage grandit, abusif ou non. C’est la vraie différence avec le printemps dernier.
Je m’attends d’ailleurs à un mauvais avis sur l’App Store, maintenant que ces garde-fous ferment la porte que cet enseignant utilisait. Tant pis.
Une chose n’a pas changé, et je préfère la redire clairement tant qu’on parle d’argent : le compte reste unique par famille, et il donne accès à toutes les années scolaires, pas seulement celle affichée par défaut. Qu’il n’y ait qu’un seul enfant à la maison (qui veut prendre de l’avance sur l’année suivante, ou réviser ce qu’il a vu l’année d’avant) ou plusieurs, d’âges différents, un seul abonnement couvre tout le foyer. Personne ne devrait payer deux fois parce qu’il a deux enfants plutôt qu’un.
C’est aussi à cette rentrée que Mon Prof Augmenté existe sur Android, en plus d’iPhone, iPad et Mac. Pas par stratégie de croissance : parmi les enfants de mes proches que je veux servir en premier, plusieurs n’ont tout simplement pas d’iPhone à la maison. Un objectif plus modeste, mais qui doit valoir pour tout le monde autour de moi, pas seulement pour ceux qui ont le bon téléphone.
La surprise de la rentrée
Ce que je n’avais pas anticipé, en revanche, c’est qui s’est mis à ouvrir un profil « Enseignant » dans l’application. Jusqu’ici, en France, ce sont surtout des parents et des professeurs particuliers qui l’utilisent avec ce rôle. Les enseignants en poste restent minoritaires. Ils s’en servent notamment pour créer des quiz de révision sur ce qui a été vu en classe, exactement l’usage que j’ai fini par adopter moi-même ce mois-ci pour mon fils. Je ne sais pas encore quoi en conclure. Peut-être simplement que le besoin de vérifier ce qu’un enfant a retenu de sa semaine ne dépend pas de qui se tient devant le tableau.