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PISA 2025 : plutôt que de me lamenter, j’ai essayé de faire autrement

Le 8 septembre, l’OCDE a publié les résultats de PISA 2025. Je les ai ouverts un peu comme on ouvre un bulletin dont on devine déjà la moyenne.

En compréhension de l’écrit, les élèves français de 15 ans obtiennent 456 points. C’est 18 points de moins qu’en 2022, après une première chute de 19 points entre 2018 et 2022. En mathématiques, 458 points, soit 16 de moins qu’en 2022. En 2003, c’était 511. Un élève sur trois (33 %) se situe sous le niveau 2 en lecture, le seuil en dessous duquel, selon la DEPP, on n’arrive pas à se servir de ce qu’on lit pour apprendre ou pour se débrouiller dans la vie courante. En 2000, ils étaient 15 %. En mathématiques, c’est 36 %. Seules les sciences tiennent : 483 points, un score que la DEPP juge stable depuis 2022, même s’il reste 12 points sous celui de 2015. Ça fera moins de gros titres.

Depuis, le rituel habituel a commencé. On accuse les réformes, les écrans, les parents, les profs, le Covid, parfois tout ça dans la même phrase. Dans quelques semaines, le sujet retombera jusqu’à la prochaine édition.

Je n’ai pas envie d’ajouter ma voix à ce concert. Les chiffres sont justes et ils ont de quoi inquiéter, mais râler ne changera rien pour mon fils. J’ai préféré construire quelque chose.

Avant d’accuser qui que ce soit

La baisse n’est pas propre à la France. Dans l’ensemble de l’OCDE, la lecture recule de 14 points en moyenne depuis 2022, et en mathématiques, seule la Turquie progresse. Ce qui reste bien français, en revanche, c’est le poids de l’origine sociale. En lecture, 91 points séparent les élèves très favorisés des élèves très défavorisés, contre 77 en moyenne dans l’OCDE. Ça ne date pas de cette année, et c’est peut-être le chiffre le plus grave du rapport.

Un autre m’a arrêté plus longtemps. En lecture, le score des garçons a perdu 23 points en trois ans, contre 11 pour les filles. Près de quatre garçons sur dix (39 %) sont sous le niveau 2. Je me garderai bien d’y voir la main de Fortnite, la DEPP ne dit rien de tel. Mais j’ai un garçon, et j’ai relu la phrase deux fois.

Et les écrans ?

C’est le coupable idéal. Les élèves français déclarent passer 4,9 heures par jour devant un écran en semaine, hors vacances, dont 3 heures pour leurs loisirs. C’est énorme. Pour les loisirs, c’est pourtant moins que la moyenne de l’OCDE, qui atteint 3,4 heures. En Estonie, l’un des pays les mieux classés d’Europe, les élèves passent 4,6 heures par jour sur écran pour leurs loisirs. En Pologne, 4,9. Les deux font mieux que nous en lecture comme en mathématiques.

Je ne vais pas en tirer une grande théorie. Ce sont des moyennes déclarées par des adolescents, et comparer des pays a ses limites. Mais ça rejoint une idée qui m’accompagne depuis le début de ce projet : la durée compte moins que ce qu’on met dedans. Trois heures de vidéos courtes qui défilent sans fin et trois heures à lire, dessiner ou apprendre, sur une tablette ou sur du papier, affichent le même temps au compteur. Je doute que ce soit la même chose dans la tête d’un enfant.

Deux autres réponses du questionnaire me parlent davantage, en tant que parent. Les trois quarts des élèves français (74 %) disent aimer apprendre de nouvelles choses, un peu plus que dans le reste de l’OCDE. Et moins d’un sur deux (49 %) dit que ses parents s’intéressent à ce qu’il apprend en classe. Ils étaient 63 % en 2022. La DEPP précise que cet indicateur est peu lié aux résultats. Je veux bien la croire. Il m’a quand même piqué au vif.

Le problème commence bien avant 15 ans

PISA évalue des adolescents. Un élève de 15 ans qui peine à comprendre ce qu’il lit n’a pas découvert la difficulté l’année de ses 15 ans. En 2023, l’enquête TIMSS a testé les élèves de CM1 en mathématiques. La France a obtenu 484 points, contre 524 en moyenne dans l’Union européenne. Aucun pays de l’Union n’a fait moins bien. Un élève sur sept (15 %) ne maîtrisait pas les connaissances élémentaires, contre 7 % dans l’Union.

Mon fils est né en 2017. Il vient d’entrer en CM1 et il aura 15 ans en 2032. C’est l’une des raisons pour lesquelles Mon Prof Augmenté se concentre sur l’école primaire.

Ce que j’ai essayé de construire

Je fais des sites web depuis 1996 et des applications mobiles depuis 2008. Je sais comment on fabrique une application qui retient les gens : un fil qui ne s’arrête jamais, des notifications à n’importe quelle heure, des récompenses tirées au hasard, et cette petite peur de rater quelque chose si on ferme l’appli. TikTok et Fortnite, chacun à sa manière, maîtrisent tout ça avec des moyens que je n’aurai jamais. J’ai repris ces recettes une par une en essayant de faire l’inverse.

Du lundi au vendredi, au moins une nouvelle leçon illustrée attend l’enfant, choisie pour son année scolaire. Il n’y a rien à chercher et rien à taper. Aucun algorithme n’observe ce qui le fait rester, et rien ne s’enchaîne tout seul. Quand la leçon est lue, on peut fermer l’application sans avoir l’impression de rater quoi que ce soit. Un enfant de six ans voit 17 matières sur son écran d’accueil sur les 30 que propose l’application, parce que la philosophie et le droit n’ont rien à y faire. Et le parent qui a vu passer la leçon le matin tient un sujet de conversation pour le dîner. C’est ma petite réponse à ce 49 %.

J’ai misé sur l’image parce qu’un concept se retient mieux quand on le voit. Les chercheurs appellent ça l’effet de supériorité de l’image. J’ai aussi voulu que ce soit beau, avec une page de cahier, des couleurs chaudes et des dessins soignés. Les enfants voient très bien quand on a fait quelque chose pour eux à la va-vite.

Le soir, il y a un quiz, gratuit pour tout le monde. Le rappel arrive à 18 h 15, du lundi au vendredi, avant le dîner. J’ai écarté 21 h, trop tard pour des enfants. Si le quiz est déjà fait, le rappel ne part pas. Sur l’appareil d’un enfant, il est même coupé par défaut, parce qu’une notification quotidienne adressée à un enfant de six ans n’a pas le même poids qu’une notification adressée à ses parents.

Aucune publicité n’est montrée à un enfant, jamais, qu’il y ait un abonnement ou non.

Il y a des badges et des points d’expérience, je ne vais pas prétendre le contraire. Le badge de quiz se gagne en venant et en répondant, qu’on ait tout juste ou non. À six ans, l’habitude qui compte, c’est d’essayer.

Enfin, une leçon peut s’imprimer. Scotchée sur la porte du frigo, elle continue à servir, et elle ne vibre jamais.

Pas ennuyeuse, c’est déjà beaucoup

Je ne battrai pas Fortnite sur le terrain de l’amusement. Personne ne bat Fortnite sur ce terrain. Mon objectif est plus modeste : qu’un enfant ait envie de rouvrir l’application le lendemain, sans qu’on ait eu besoin de le piéger pour ça.

PISA contient d’ailleurs un détail qui m’intrigue. Les élèves français disent aimer apprendre, on l’a vu. En sciences, 71 % disent même que le sujet les intéresse, le taux le plus élevé de l’OCDE. Pourtant, quand on leur demande quel effort ils ont fourni pendant le test, ils répondent 6,4 sur 10, contre 7,2 en moyenne dans l’OCDE. Seuls les élèves luxembourgeois déclarent moins. La DEPP note que cet effort déclaré est peu lié au score, donc prudence. Mon intuition, qui n’engage que moi, c’est qu’on peut aimer apprendre et décrocher devant la façon dont on nous le propose. C’est cet écart que j’essaie de réduire, avec des dessins plutôt que des pavés de texte et un quiz plutôt qu’une interrogation.

Ce qu’une application ne fera pas

Je ne pense pas qu’une application fera remonter la France dans le classement PISA, et ce serait malhonnête de laisser croire le contraire.

Ce qui me gêne le plus, ce sont les inégalités. Une application installée sur le téléphone d’un parent déjà attentif risque d’aider d’abord les enfants qui en avaient le moins besoin. C’est pour ça que les leçons des sept derniers jours pour l’année de l’enfant et le quiz du soir restent gratuits, et que les enseignants peuvent publier leurs propres visuels pour les familles de leur classe sans que personne ne paie, ni eux ni les parents. Un enseignant qui s’en sert, c’est toute une classe de familles qui y a accès, y compris celles qui n’auraient jamais cherché ce genre d’application. Est-ce que ça suffit ? Je n’en sais rien.

Ce que je sais, c’est que dans six ans mon fils aura l’âge des élèves que PISA évalue. Je n’aurai aucun moyen de savoir si les leçons du matin y auront été pour quelque chose. J’aurai au moins essayé de mettre sur son écran autre chose qu’un fil sans fin. Ça me paraît plus utile qu’un énième article pour dire que tout fout le camp, même si je mesure l’ironie : vous êtes en train d’en lire un.


Sources

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