Lycées en France : le point de vue nuancé d’un professeur sur la crise de 2026
Ce vendredi 2 octobre, pendant que le ministre de l’Éducation nationale reçoit les syndicats lycéens, plus de 400 établissements restent fermés en France après deux semaines de blocages, certains ayant tourné à l’incendie et à l’affrontement. Une intervention sur France 24, celle d’un professeur agrégé passé par un lycée de Seine-Saint-Denis, a circulé largement aujourd’hui parce qu’elle refuse justement de trancher entre deux histoires simples. Voici ce qu’elle dit, et ce que les chiffres de la semaine confirment ou nuancent.
Ce qui s’est passé depuis la mi-septembre
Le mouvement est parti de blocages isolés avant de s’étendre en Île-de-France fin septembre, puis à l’ensemble du territoire. Au 2 octobre, plus de 1200 lycées ont connu une perturbation depuis le début du mouvement, et plus de 400 restaient fermés ce vendredi par précaution. Le bilan humain communiqué par le ministère fait état de 65 personnels de l’Éducation nationale blessés, dont 40 chefs d’établissement, et de plus de 300 membres des forces de l’ordre. Environ 2000 interpellations ont eu lieu depuis le début du mouvement, neuf sur dix concernant des mineurs.
Le ministre Édouard Geffray a reçu ce vendredi matin, à partir de 9 h, les organisations syndicales et lycéennes, dont l’Union syndicale lycéenne, en pointe dans la mobilisation, ainsi que des associations de parents d’élèves et des élus du Conseil national de la vie lycéenne. Une nouvelle journée de mobilisation est déjà annoncée pour le mardi 6 octobre.
Des revendications anciennes, pas inventées pour l’occasion
Les lycéens mobilisés demandent, selon les organisations syndicales, un recrutement massif d’enseignants, un plan d’urgence pour l’entretien des bâtiments, et plus largement de meilleures conditions d’accueil : classes moins chargées, matériel suffisant, locaux en état. Rien de nouveau dans cette liste : ce sont les mêmes sujets que portent les enseignants depuis des années, et qu’un professeur peut documenter de l’intérieur plutôt que depuis une tribune.
« Ce n’est pas la même école » : ce qu’un enseignant de Seine-Saint-Denis a vu
C’est l’angle de l’intervention qui a circulé : celle d’un professeur agrégé d’anglais, aujourd’hui à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, qui a enseigné au lycée Paul-Éluard en Seine-Saint-Denis de 2017 à 2021. Son constat tient en une phrase : l’égalité des chances entre établissements n’est pas un sentiment, elle est mesurable.
Dans cette intervention, voici le problème politique à date selon moi. Comment trouver une issue à la crise quand vous avez pour acteurs :
— Gabriel Lattanzio (@GabLattanzio) October 2, 2026
– des jeunes qui veulent une meilleure école, mais partiellement invisibilisés par…
– d'autres jeunes, moins nombreux mais brutaux, qui… pic.twitter.com/6ku5HSaCpu
Trois points reviennent dans son témoignage. D’abord, le recrutement : les académies les plus en tension, comme Créteil, comptent une proportion bien plus élevée d’enseignants contractuels, non titulaires d’un concours, que les académies les mieux dotées. Les barres d’admission aux concours varient elles aussi sensiblement d’une académie à l’autre — aucune académie ne publie à l’avance un seuil officiel, le niveau requis se fixe après délibération du jury, mais l’écart entre académies tendues et académies recherchées est documenté chaque année par les organismes de préparation au concours.
Ensuite, la taille des classes : la France se situe en dessous de la moyenne européenne sur ce critère, un chiffre que le professeur cite comme un fait établi plutôt qu’une impression de salle des profs. Enfin, l’état des bâtiments, qui relève des collectivités (région pour les lycées) : il décrit des économies de fonctionnement très concrètes, jusqu’au nombre de photocopies autorisées par enseignant en début d’année.
Sa conclusion n’est pas qu’il faut excuser la Seine-Saint-Denis parce que c’est difficile. C’est que parler de « lycées à deux vitesses » n’est pas une formule, puisqu’on peut l’objectiver poste par poste.
Le point qu’il refuse de laisser passer : la violence ne sert aucune des deux causes
C’est là que l’intervention évite la facilité. Le professeur ne minimise pas les dégradations : des incendies ont touché le hall du lycée Nelson-Mandela à Nantes et la façade du lycée Lumière à Lyon, des pompiers ont été pris pour cible à Marseille en intervenant devant le lycée Saint-Exupéry. Il qualifie ces faits d’« impardonnables » et appelle à la sévérité.
Mais il refuse tout autant de réduire le mouvement à ces images. Son inquiétude est stratégique autant que morale : des destructions filmées effacent les revendications initiales dans l’opinion, et profitent en premier lieu à ceux pour qui l’école ne mérite de toute façon aucun investissement. Il appelle les enseignants eux-mêmes à se mobiliser visiblement, sous une forme digne plutôt que perturbatrice, pour que le sujet reste l’école et non le désordre qui s’y est ajouté.
Ce que répond le ministère pour l’instant
Le ministre propose l’ouverture d’une plateforme de concertation pour recueillir les griefs des lycéens. Les organisations syndicales reçues ce vendredi ont d’ores et déjà qualifié cette proposition de écran de fumée, estimant qu’elle ne répond pas à la demande centrale : des moyens supplémentaires, pas seulement un espace de dialogue. La réunion de ce vendredi matin n’a donc pas mis fin au mouvement, et la journée du 6 octobre s’annonce comme un nouveau test.
Ce qu’on peut faire, en famille, cette semaine
Si votre lycéen suit le mouvement sur les réseaux, la vidéo qui circule le plus n’est pas toujours celle qui explique le mieux ce qui se joue. Trois pistes concrètes :
- Vérifier la situation de son propre établissement plutôt que de se fier à l’ambiance générale sur les réseaux : un blocage dans une académie ne dit rien de celui du lycée de votre enfant.
- Séparer les deux sujets avec lui, exactement comme le fait cette intervention : une revendication peut être légitime sans que chaque action menée en son nom le soit.
- Lui demander ce qu’il voit sur place, pas seulement ce qu’il voit sur son téléphone. Un témoignage direct d’un délégué de classe vaut mieux qu’un extrait sorti de son contexte.
Questions fréquentes
Pourquoi les lycées sont-ils bloqués ou fermés en ce moment en France ?
Un mouvement de blocages lycéens, parti mi-septembre 2026, réclame davantage de moyens pour l’école : recrutement d’enseignants, classes moins chargées, bâtiments mieux entretenus. Des violences s’y sont ajoutées dans plusieurs villes, ce qui a conduit plus de 400 établissements à fermer par précaution le 2 octobre.
Combien de personnes ont été blessées dans ce mouvement ?
Le ministère de l’Éducation nationale fait état, au 2 octobre, de 65 personnels blessés dont 40 chefs d’établissement, ainsi que de plus de 300 membres des forces de l’ordre. Environ 2000 interpellations ont eu lieu depuis le début du mouvement.
Que propose le ministre de l’Éducation nationale ?
Édouard Geffray a reçu les organisations syndicales et lycéennes le 2 octobre et proposé une plateforme de concertation pour recueillir les revendications. Les syndicats présents ont jugé cette réponse insuffisante face à la demande de moyens supplémentaires.
Faut-il quand même envoyer mon enfant au lycée ?
Cela dépend uniquement de la situation de son propre établissement, communiquée par le chef d’établissement ou le rectorat : plus de 1200 lycées ont connu une perturbation depuis mi-septembre, mais la majorité des établissements du pays fonctionnent normalement. Le blocage d’un lycée voisin ne concerne pas automatiquement le vôtre.
Sources
- France: Plus de 400 lycées fermés, Geffray rencontre les syndicats étudiants, Boursorama (dépêche AFP) (2026-10-02)
- Intervention sur France 24, relayée par Gabriel Lattanzio, professeur agrégé d’anglais (2026-10-02)
- Barre d’admissibilité du CRPE par académie : les chiffres, moncrpe.com (consulté le 2026-10-02)